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  texte du livre : « impressions de voyage - en Inde – de Delhi à Bénarès II - 2ème partie »
 

Tout au long de notre voyage – ce périple dans un autre monde – la syllabe sacrée « Aum » nous accompagne, elle contient l’univers, le passé, le présent et l’avenir, même, l’au-delà du temps. Peinte ou dessinée sur les murs des villes, sur des affiches ternies par le temps, à l’entrée des demeures et des échoppes, dans les temples, elle est présence… 

Préambule : Poursuite du séjour en Inde, pays déroutant par sa diversité, par son exubérance, nous sommes transportés entre la réalité et l’imaginaire, nous en oublions nos croyances, notre rationalité. Ici, il est parfois difficile de parler de beauté, et pourtant elle est là, à chaque instant. En écoutant, en lisant les légendes et les épopées, nous avons pénétré un monde de saveurs, de lumières et d’odeurs, où les chimères et les illusions sont bien réelles. De très fortes sollicitations visuelles et sensuelles nous invitent à aller au-delà des apparences, à ouvrir les yeux devant cette véritable fascination de l’immense présence humaine : bourgs, mausolées, temples, palais, campagnes… nous sommes dans le déconcertant, dans l’inattendu. Notre premier séjour en Inde s’achève à Bénarès, avec l’une des découvertes les plus fortes de notre périple, voir le lever du soleil sur le fleuve Sacré, le Gange…

Deuxième partie : d’Agra à Bénarès.
Un accompagnateur mystérieux ! Nous rencontrons fréquemment l’ange gardien Ganesh, à la porte des demeures, dans les temples et dans les bazars… Né d’une terre singulière, du safran et de la rosée, Ganesh est le dieu qui calme les querelles, qui efface tous les obstacles… 

7ème jour
À travers les « jali », des claires- voies de marbre, la lumière tamisée passe et dore les délicates peintures murales du mausolée d’Itimad ud Daulah. Dans un coin du jardin, sous une grosse toile, un bruit dans les feuillages, je ne sais pas si c’est un homme ou une femme, mais je l’ai dérangé !

Dans la puissante forteresse du Fort Rouge d’Agra, la Moti Masjid, mosquée de la Perle, d’une extrême finesse, nous transporte dans l’immatériel. Marchant pieds nus, nous ressentons l’agréable fraîcheur des pavements de marbre blancs, bleus, gris et jaunes.

8ème jour
Attente à la gare d’Agra, des voyageurs, des mendiants se côtoient. Sur les voies ferrées, des enfants en guenilles tendent la main, attrapent les vêtements des passants. Indifférents, les passagers attendent un train… très fréquemment en retard !

Le long d’une route étroite et sinueuse se dressent, sculptés dans la falaise, d’étranges reliefs. Taillées dans le grès de l’acropole, ces énigmatiques sculptures jaïnes paraissent être là depuis le début des temps. Haut de plus  de dix-sept mètres, Adinath, le premier Jina, garde les lieux silencieux. 

Dans une nécropole musulmane, à Gwalior, sur les marches du mausolée de Muhammad Ghaus, un chaman, devin et thérapeute, s’emploie à conjurer du mauvais sort une femme en mal d’enfants. De toute la région, de nombreuses personnes viennent recevoir les conseils de ces sages.  

Les « jali » ajourés éclairent faiblement l’intérieur du mausolée couvert de dômes. Près de la sépulture de Tansen, le musicien et chanteur préféré de l’empereur Akbar, pousse un tamarinier dont les feuilles ont la vertu de rendre plus pure la voix des chantres.

9ème jour
Nous flânons dans les ruelles de la vieille ville de Gwaloir, parfois des enfants, des adultes, des vieillards sollicitent mon objectif ! Dans les souks, notre appétit est mis en éveil par les broyeurs de délicieux jus de cannes à sucre et par des plats de lentilles mijotant dans des piments, c’est vraiment très épicé !

Tout au long de la route, de nombreuses péripéties ponctuent notre trajet, les tracteurs et les camions, surchargés de grains, perdent fréquemment leur chargement, imperturbable, le chauffeur évite  habilement les accidents. En arrivant dans le bourg de Datia, dans la pénombre, nous visitons un austère et labyrinthique palais.

Tout en haut de l’ancien palais de Jahangir Mahal, dégradé par les moussons, des vautours tiennent à distance d’indésirables visiteurs et gardent les lieux. Devant le temple, un ascète hindou attend sa nourriture : en Inde, venir en aide à un Sâdhu, c’est une vertu, le donateur participe à sa recherche de l’Absolu !

Dans la vieille ville d’Orchha, un garçon qui porte son jeune frère nous suit, il nous sourit, il parle hindi, nous le français, comment se comprendre ? Le soir, lors d’une fervente cérémonie religieuse au temple Ram Rajà, les deux enfants, toujours aussi souriants, sont encore là.

10ème jour
À Khajurâho, sous les regards de Shiva, évoqué par un linga au cœur du
temple de Brahma, pour boire, une femme et son enfant prennent l’eau d’un lac marécageux. À quelques dizaines de mètres de là, d’autres femmes la tirent du puits, elles ne sont pas de la même caste ! 

Près de ce vieux village se dressent des temples jaïns recouverts d’une multitude de personnages, d’animaux de pierre, ils sont là pour l’éternité. D’autres, situés en pleine campagne, gardent le charme d’un passé bien présent. Nous nous sentons imprégnés de l’Inde traditionnelle.

Notre chauffeur, originaire de ce village, nous accompagne chez des Intouchables. Leurs maisons sont peintes à la chaux, et dedans, peu d’ustensiles de cuisine, peu de meubles et le sol en terre battue. Une femme prépare des « chapati », des galettes de farine mélangée à de l’eau, peut-être leur principal repas…

À quelques pas, des femmes, des enfants d’une autre verna, puisent l’eau de la survivance. Ce sont des instants chargés d’émotion, l’Inde profonde nous pénètre : des images de rêve, des bruits et des odeurs se bousculent au plus profond de nous-mêmes.

11ème jour
Les touristes du monde entier débarquent sur le tarmac de l’aéroport de Khajurâho, haut lieu touristique de l’Inde, pour voir les sculptures érotiques de ses temples. Des motifs étranges, pleins de sensualité où les corps humains et animaux se mélangent dans un univers ensorcelant, un vertige pour le regard.  

Le souffle de vie a recouvert les nobles façades de ces sanctuaires d’une ornementation de danseuses sveltes et gracieuses, de courtisanes, de guerriers, d’animaux, de dieux, de rois et de reines richement parés, tous paraissent s’enchevêtrer. Nous sommes hypnotisés par ces accumulations dorées sous le soleil. 

Traductions visuelles du Kamasoutra, unions mystiques entre les créatures et les divinités, de ces lieux religieux de l’amour jaillit le plaisir. Débarrassé de tout sentiment de péché, le sperme est l’eau bénite, il crée un lien fertile entre le ciel et la terre, il métamorphose l’énergie sexuelle en béatitude.

Alignés, superposés, les hauts-reliefs parent les murs de bas en haut des édifices ; par intermittence, des personnages isolés sont empreints d’une étonnante délicatesse. De leur haute plateforme, ces temples sont fascinants par leur force surprenante.

12ème jour
En commémoration du premier sermon de Bouddha à Sarnah, le monumental stûpa Dhâmek domine un champ de temples en ruines. Des fragments de feuilles d’or recouvrent ces vieilles pierres, objets de dévotion des pèlerins, un lieu magique, chargé d’histoire…

Nous sommes saisis par la « claire lumière » qui inonde l’autel d’un temple délabré, Bouddha serait-il derrière nous ! À cet instant, nous ne savons plus ce qui est réel ou irréel, les mauvais rêves se dissipent, nous nous abîmons dans la contemplation et nous revivons les souvenirs du «  Bardo Thödol », le livre des morts tibétains.

Bénarès en fin de journée, dans l’intense trafic, l’ambassador ne peut plus avancer, les rickshaws se faufilent. La foule devient de plus en plus dense et c’est à pied, dans la cohue, parmi les pèlerins, entraînés par cette déferlante humaine que nous arrivons aux escaliers qui descendent dans le Gange !

Nous nous retrouvons au cœur de la spiritualité indienne, tous les soirs au crépuscule, les ghats de Bénarès s’animent de cérémonies religieuses : les « Puja. » Lors de ces cultes, au rythme lancinant des chants, des tambours et des conques, les brahmanes font à Ganga l’offrande du feu…

13ème jour
Dès le lever du jour, la vie chasse la mort, les marchands ambulants, les échoppes, les mendiants reprennent leurs activités. Des lieux de crémation s’élèvent encore des fumées, où des mendiants, enfants et adultes, recherchent quelques trésors parmi les cendres !

De bonne heure, déjà des sonos crachent leurs décibels de musiques sacrées, toutes castes confondues, les hindous se baignent dans les eaux rédemptrices. Tournés vers le soleil, les pèlerins font leurs ablutions, ils prennent dans la paume de leurs mains jointes l’eau sacrée du fleuve et font une offrande à l’« astre bienveillant ».

Nous parcourons les ruelles étroites d’un vieux quartier, le Chowk, les odeurs sont très fortes, l’encens, les épices, les excréments des vaches sacrées se mélangent. Intenses sont les activités au marché de fruits et légumes, en Inde tout est âprement discuté, même une courgette, une pomme de terre…

Le batelier nous transporte entre les deux rives, nous assistons au lever de soleil sur le Gange, la « Mère de l’Inde ». Nous retenons notre souffle, nous sommes émus de voir s’illuminer une des sept villes saintes de l’Inde. Ainsi s’achève le voyage, pourtant, même avec le temps, l’Inde ne nous a jamais quittés !

De page en page : couverture – Mãrkandeya-Purãna, livre sacré de l’hindouisme, en sanskrit et en sãradã, sur feuilles d’écorce de bouleau, Kashmir ; arbre sacré, le Pippal ; l’ « Aum », la syllabe sacrée ; femmes du Rajasthan ; préambule, Mãrkandeya-Purãna ; deuxième partie : d’Agra à Bénarès, Ganesh, Khajuraho ; 7ème jour, Agra, Jali, mausolée d’Itimad ud Daulah ; Agra, la Moti Masjid, la mosquée à la Perle ; 8ème jour, femme et enfants, gare d’Agra ; sculptures jaïns ; chaman, mausolée Muhammad Ghaus ; jali, mausolée Muhammad Ghaus ; 9ème jour, l’enfant, l’adulte et le vieillard ; Datia, le Govind Palace ; Orchha, un Sâdhu ; Orchha, enfants et vache sacrée ; 10ème jour, Khajurâho, linga temple de Brahma ; Khajurâho, sculptures, temple jaïn ; femme intouchable, vieux village de Khajurâho ; femmes au puits, vieux village de Kajurâho ; 11ème jour, temple de Khajurâho ; sculptures, temple de Khajurâho ; sculptures, temple de Khajurâho ; sculpture, temple de Khajurâho ; 12ème jour, Sarnath, stûpa Dhâmek ; temple en ruines à Sarnath ; Bénarès, les ghats, Puja, cérémonie religieuse, Gange ; Puja, cérémonie religieuse, Gange ; 13ème jour, les ghats, rituels des ablutions ; les ghats, rituels des ablutions ; le Chowk, marché aux fruits et aux légumes ; Bénarès, lever de soleil sur le Gange ; Mãrkandeya-Purãna   

 


impressions de voyage - en Inde ~de Delhi à Bénares ~ II
2ème Partie
textes et photos Hervé Grimal
 livre imprimé à Vaurargues – Gard ~ sur vélin d’Arches 
Vaurargues – 2005


       
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